On m'a posé la question trois fois le même mois. À chaque fois, la même scène : un ami rentre d'Égypte, les yeux brillants, et me dit « il faut absolument que tu ailles aux Brothers ». Sauf que mon ami est moniteur, qu'il plonge depuis quinze ans, et qu'il oublie systématiquement de préciser que ce site se mérite. Résultat, des plongeurs fraîchement certifiés réservent des croisières nord vers des îles où le courant décide à ta place, et rentrent déçus d'un pays qui offre pourtant de quoi occuper vingt ans de carrière.
Alors voilà ma position, et je vais la tenir jusqu'au bout : il n'existe pas de meilleure destination de plongée bouteille en Égypte. Il existe une destination adaptée à votre niveau, à votre tolérance au courant, et à la période où vous pouvez poser des congés. Le reste, c'est du marketing de tour-opérateur. Cet article démonte les spots un par un, avec des critères chiffrés, pour que vous puissiez choisir sans vous fier à une photo de requin-marteau prise par quelqu'un d'autre.
Points clés à retenir
- Le sud de la mer Rouge (Marsa Alam, Daedalus, Brothers) demande un niveau Advanced Open Water minimum, souvent 50 plongées au compteur pour les sites exposés.
- La visibilité dépasse régulièrement 30 mètres sur les récifs nord, mais tombe à 15-20 m après un coup de vent.
- L'eau varie de 21-22 °C en février à 29-30 °C en août. Une combinaison 5 mm suffit l'été, une 7 mm devient confortable en hiver.
- Hurghada et Charm el-Cheikh sont les deux aéroports les mieux desservis depuis l'Europe ; Marsa Alam reste plus confidentiel et plus cher à relier.
- Les parcs marins de Ras Mohammed et des Brothers facturent des droits d'accès à la journée ou à la croisière, à prévoir dans le budget.
- Un séjour resort avec day-boats et une croisière plongée ne répondent pas du tout au même profil, et le prix au nombre de plongées réellement effectuées est rarement celui qu'on croit.
Les meilleures destinations de plongée bouteille en Égypte, classées par profil
Première chose à comprendre : la mer Rouge égyptienne se divise en deux mondes qui n'ont presque rien en commun. Le nord, accessible depuis Hurghada, Charm el-Cheikh ou Dahab, avec des récifs frangeants, des épaves et des sites abrités. Le sud, plus loin, plus exposé, avec des îles qui émergent au milieu de rien et des bancs de poissons qui justifient à eux seuls le déplacement.
Ce n'est pas une question de « mieux ». C'est une question de ce que vous savez gérer dans l'eau.
Hurghada : le compromis logistique imbattable
Je vais être franc, Hurghada ne fait rêver personne sur le papier. Ville bétonnée, corniche bruyante, hôtels clubs alignés comme des dominos. Et pourtant.
Ce que Hurghada offre et que les autres destinations n'ont pas : une centaine de sites accessibles en moins d'une heure de bateau, dont une bonne partie abritée du vent dominant. Giftun, les îlots d'Abu Ramada, les récifs de Carless — des jardins de corail peu profonds où l'on croise napoléons, poissons-perroquets et parfois un dauphin de passage. La visibilité tourne autour de 20 à 30 mètres en saison, et le courant reste gérable sur la majorité des mouillages.
Le vrai argument, c'est le rapport contrainte/plaisir. Vol direct depuis la plupart des capitales européennes, transferts de 20 minutes, structures de plongée francophones, et un coût journalier qui reste le plus bas du pays. Pour un plongeur qui veut enchaîner 15 plongées en une semaine sans se ruiner, c'est difficile à battre.
L'inconvénient ? Vous partagez certains sites avec des bateaux de day-trip bondés. J'ai compté une fois sept embarcations sur un même récif. L'expérience devient une file d'attente sous-marine.
Marsa Alam : le sud sans le prix du sud extrême
Descendez de 250 km vers le sud et tout change. Moins de béton, plus de désert, une eau qui gagne un ou deux degrés, et surtout des sites réputés comme Elphinstone — un plateau corallien qui plonge verticalement et où les requins océaniques font parfois leur apparition. Le récif d'Abu Dabbab, lui, accueille régulièrement des dugongs dans ses herbiers peu profonds, accessibles dès 5 mètres.
C'est ici que je conseillerais de commencer si vous visez les « vrais » sites de la mer Rouge sans avoir l'expérience pour une croisière au large. Les day-boats depuis Marsa Alam atteignent des récifs qui, ailleurs, nécessiteraient une nuit en mer.
Attention à un détail logistique : l'aéroport de Marsa Alam est petit, les vols moins fréquents et souvent plus chers. Certains voyageurs atterrissent à Hurghada et font la route — comptez trois à quatre heures de transfert.
Charm el-Cheikh et Ras Mohammed : le parc protégé
Ras Mohammed, à la pointe sud du Sinaï, est classé parc national depuis 1983. Ce statut veut dire deux choses : des droits d'entrée à acquitter, et des récifs qui n'ont jamais connu de mouillage sauvage intensif. La différence se voit. Les coraux y sont denses, les gorgones abondantes, et la faune accepte la présence humaine sans panique.
Le site de Shark Reef et Yolanda Reef, plongeables en une seule descente, reste pour moi la plus belle plongée accessible au plus grand nombre en Égypte. Deux pinacles coralliens séparés par une selle à 20 mètres, un tombant qui part vers le bleu, et une épave de cargo échouée là avec sa cargaison improbable de sanitaires en céramique. Véridique.
Le courant peut y être soutenu. Ce n'est pas anodin, mais ça reste gérable pour un plongeur avec vingt ou trente plongées d'expérience.
Dahab : le Blue Hole et ses malentendus
Il faut qu'on parle du Blue Hole. Ce site est célèbre pour de mauvaises raisons, et le nombre de plongeurs qui y descendent sans comprendre la topographie du trou me sidère encore. Un boyau passe vers 50 mètres et rejoint la mer Rouge par une arche à 56 mètres. Au-delà, c'est de la plongée technique, point.
Ce qui est dommage, c'est que la majorité des visiteurs ignorent que le Blue Hole se plonge très bien entre 0 et 20 mètres, en longeant la paroi externe, où le corail est superbe. Dahab vaut aussi pour son ambiance de village, plus cool que les stations balnéaires du nord, et pour son Canyon, une faille étroite qui offre une plongée différente.
La plage est en pente douce, l'accès se fait à pied depuis le bord, et c'est un des rares endroits d'Égypte où l'on peut plonger sans jamais monter sur un bateau.
Croisière BDE : Brothers, Daedalus, Elphinstone
Le fameux itinéraire nord que tous les plongeurs expérimentés évoquent. Trois îles au milieu du détroit, accessibles uniquement en croisière, souvent après une nuit de navigation. Les Brothers, en particulier, cumulent : requins renards, requins gris, parfois océaniques, tombants vertigineux, et deux épaves d'un remorqueur et d'un cargo.
Le prix d'entrée est élevé et il n'est pas financier. Je dirais que 50 plongées enregistrées constituent un plancher raisonnable, et surtout une aisance réelle dans le courant, la descente en pleine eau, et le contrôle de flottabilité. J'ai vu des certifications Advanced Open Water avec 12 plongées s'inscrire sur ce type de croisière. Ça se termine souvent mal, pas physiquement, mais en plongées écourtées et en frustration.
Comparer les destinations : les chiffres qui départagent
Arrêtons les adjectifs. Voici les critères qui déterminent réellement si vous allez passer une bonne semaine ou subir la mer.
| Destination | Accès aéroport | Profondeur typique | Visibilité | Niveau requis | Format dominant |
|---|---|---|---|---|---|
| Hurghada | Vol direct, transfert court | 10 à 30 m | 20-30 m | Open Water suffisant | Resort + day-boat |
| Marsa Alam | Vols limités, transferts longs | 15 à 40 m | 25-35 m | Advanced conseillé | Resort + day-boat |
| Charm el-Cheikh / Ras Mohammed | Vol direct, transfert moyen | 15 à 30 m | 25-40 m | Advanced conseillé | Day-boat + parc |
| Dahab | Vol via Charm ou navette | 5 à 30 m | 20-35 m | Open Water possible | Plongée du bord |
| Croisière BDE | Embarquement Hurghada ou Marsa Alam | 20 à 40 m | 30-40 m | Advanced + expérience | Croisière 7 nuits |
Deux lectures possibles de ce tableau, et je vous donne la mienne : si vous cherchez la meilleure visibilité, visez le sud ou la croisière. Si vous cherchez la meilleure semaine de plongée pour un débutant, restez à Hurghada ou Dahab. Le reste est un compromis entre les deux.
Quelle est la meilleure période pour plonger en Égypte ?
Question classique, réponse moins évidente qu'il n'y paraît.
La saison haute touristique s'étale d'octobre à avril, avec des températures aériennes agréables mais une eau plus fraîche — comptez 21 à 24 °C selon le mois et la latitude. La saison basse, de juin à août, chauffe l'eau jusqu'à 29-30 °C, ce qui est un plaisir en combinaison 3 mm, mais coïncide avec des températures extérieures difficilement supportables à terre entre midi et 16 h.
Le vent est le facteur qu'on oublie systématiquement. Il souffle souvent du nord, ce qui veut dire mer formée sur les sites exposés et visibilité qui chute après quelques jours de houle. Pour les croisières vers les Brothers, certains mois de printemps et d'automne sont réputés pour leur vent soutenu.
Mon conseil : mai et octobre. Eau à 25-27 °C, mer globalement calme, sites accessibles dans toutes les configurations. C'est aussi, hélas, la période où les prix montent.
Et la question du prix, franchement ?
Un séjour resort avec plongées illimitées depuis le bord ou en day-boat se situe, en formule standard, dans une fourchette qui reste inférieure à celle d'une croisière. Cette dernière coûte davantage à la nuit, mais inclut logement, repas, et jusqu'à 4 plongées par jour sur des sites inaccessibles autrement. Le calcul honnête n'est pas le prix total, c'est le coût par plongée réellement effectuée. Sur une croisière mal planifiée, avec un ou deux jours de mer mauvaise, vous pouvez plonger 12 fois au lieu de 20. Sur un resort bien choisi à Hurghada, vous en ferez 15 sans dépendre de la météo.
Resort, day-boat ou croisière : quel format pour quel plongeur
Le format de séjour compte autant que la destination. J'ai fait les trois, et le mauvais choix gâche le meilleur spot.
- Resort avec centre intégré : idéal pour un premier voyage, un plongeur accompagné d'un non-plongeur, ou une famille. Confort, souplesse, mais sites souvent limités à un rayon proche.
- Day-boats depuis une station : bon compromis pour découvrir des récifs variés sans s'engager sur une semaine en mer. Attention au rythme — départ tôt, retour en fin d'après-midi, deux plongées par jour maximum.
- Croisière plongée : la seule façon d'atteindre les îles du large. Rythme intense, promiscuité relative, et une exigence d'autonomie sous l'eau qui ne pardonne pas l'improvisation.
- Plongée du bord (Dahab, certains sites de Marsa Alam) : le format le plus libre et le moins cher, mais celui qui demande le plus de rigueur personnelle, puisque personne ne vérifie votre plan de plongée.
Un mot sur la sécurité, justement. Les parcs marins égyptiens appliquent des restrictions d'accès et des frais de conservation, et certaines structures contrôlent les certifications avant d'embarquer. Ce n'est pas de la paperasse pour rien. Un site comme le Blue Hole a une réputation lourde qui s'explique par des plongées menées au-delà des compétences réelles du plongeur présent. La mer Rouge ne sanctionne pas l'inexpérience. Elle sanctionne l'excès de confiance.
Alors quand on me redemande « c'est où, la meilleure destination ? », je réponds maintenant autre chose. Je demande : combien de plongées avez-vous, quel est votre dernier souvenir de courant, et acceptez-vous de renoncer à un site si la mer ne le permet pas ?
Les trois réponses déterminent votre destination mieux que n'importe quel classement — y compris le mien.